Quand mon PKM se met à me juger (journal d'un INFJ-T perfectionniste)

J’ai construit une maison mentale dans Obsidian. Six pièces: Projets, Atelier, Almanach, Bibliothèques, Constellations, Assets. Chacune a son rôle et sa logique. Sur le papier, l’ensemble tient debout. Il a même quelque chose de rassurant.
Mais quand je l’utilise vraiment, je ne ressens pas toujours ça.
Au début d’un nouveau coffre ou d’un reboot, il y a souvent une excitation. Une impression de nouveau départ, avec cette idée de faire les choses correctement cette fois. Je structure, j’installe, j’ouvre les premières notes avec une certaine satisfaction.
Puis, peu à peu, le geste se refroidit. Je commence à reporter. Je remplis mes notes avec du retard, ou pas du tout. Et sans vraiment m’en apercevoir, je rejoue la même histoire : enthousiasme, structure, silence, abandon, culpabilité.
En m’interrogeant honnêtement sur ce que je vis avec mon PKM, une phrase a fini par résumer l’essentiel : aujourd’hui, mon système ressemble davantage à quelque chose qui me mesure qu’à quelque chose qui me sert.
Je ne vois plus d’abord ce qu’il m’aide à faire. Je vois surtout ce que je n’ai pas tenu, pas rangé, pas complété.

Quand un système de connaissance devient un instrument de mesure
Ce mécanisme, je l’ai déjà rencontré ailleurs. Dans un fichier Numbers trop structuré qui finissait par me rappeler chaque case non cochée, j’en parle dans je me suis perdu dans mes propres systèmes. Je l’ai aussi retrouvé dans des outils poussés jusqu’à devenir des architectures complètes, bien au-delà de ce qu’ils étaient censés soutenir.
Mon perfectionnisme a une manière assez subtile de se déplacer. Quand j’ai peur de ne pas être à la hauteur d’une situation, je transfère cette peur vers la structure. Je peaufine, j’ajuste, j’ajoute des champs, des modèles, des catégories supplémentaires. Sur le moment, ça me rassure. Mais au quotidien, ça rend le système plus lourd à utiliser.
C’est ce qui a fini par arriver avec mon PKM. Il ne contenait plus seulement mes notes. Il contenait aussi mes retards, mes hésitations, mes catégories incomplètes, mes anciens essais abandonnés. Le basculement s’est sans doute fait là: ce qui devait rester un espace de soutien devenait peu à peu une preuve de ma difficulté à tenir ce que j’avais imaginé.
INFJ-T, perfectionnisme et PKM: pourquoi c’est logique que ça coince
Mon profil INFJ-T ne m’a pas vraiment surpris. J’y retrouve des standards internes très élevés, une forte sensibilité au stress, une critique intérieure assez présente, et cette difficulté à lâcher l’idéal que je me suis fixé.
Avec ce fonctionnement, chaque note peut prendre trop de place. Chaque champ d’un modèle peut devenir plus important qu’il ne devrait. Une simple hésitation sur le dossier où ranger quelque chose se transforme vite en preuve que « je ne sais pas faire ». Cette sensation est fatigante, parce qu’elle ne vient pas de l’extérieur. Elle vient de moi, contre moi.
Le cycle « nouveau carnet / nouveau coffre » s’inscrit bien dans cette dynamique. Le système neuf représente une version idéale de moi-même: organisé, constant, à jour partout, capable de suivre une méthode sans trop de friction. Une version qui doute moins, qui se disperse moins, qui ne manque jamais d’énergie. Sauf que cette version n’existe pas, et je le sais depuis un moment.
Dès que la réalité revient, avec mon énergie réelle, mes émotions du jour et mes doutes, le système commence à garder la trace du décalage entre ce que j’avais prévu et ce que j’ai vraiment fait. Il ne m’aide plus seulement à retrouver mes idées. Il me rappelle aussi tout ce que je n’ai pas réussi à tenir.
Je commence à comprendre que le problème n’est pas la structure en elle-même. Ma maison mentale est cohérente. Elle correspond à quelque chose que je cherche: un espace où les idées se déposent, se relient, se retrouvent. C’est ce que j’appelle une bibliothèque vivante dans reprendre soin de son propre savoir.
Ce qui coince, c’est la manière dont je me compare à cette structure. La manière dont j’en fais un examen continu, comme si elle devait me dire si je suis enfin « comme il faut ».
Ce que j’ai découvert en m’auto-interrogeant sur mon PKM
Quand j’ai pris le temps de répondre honnêtement à quelques questions simples, le tableau est devenu très concret.
Quand j’ouvre Obsidian, je ne ressens plus grand-chose. Au début d’un nouveau coffre, il y a une légère excitation. Ensuite, le geste devient mécanique. Puis il disparaît. Sur une échelle de 1 à 10, je me sens à 3 en sécurité dans mon système. On est loin du cocon que je voulais construire.
Les pensées automatiques reviennent vite: « je ne sais pas faire », « tout ce que je fais ne sert à rien », « j’ai trop de notes éparpillées dans trop d’outils différents ». Ce dernier point mérite d’être nommé: chaque reboot ne repart pas d’une page blanche. Il repart avec, en arrière-plan, toutes les notes des systèmes précédents. Une dette invisible, qui grossit à chaque tentative.
Ce que je crains le plus quand j’utilise mon PKM, c’est la non-cohérence. L’idée de prendre une note qui ne rentre pas dans mes modèles, de mal utiliser une pièce, de ne pas être à jour partout. Les dossiers me mettent autant la pression les uns que les autres. Les modèles, eux, me servent vraiment, parce qu’ils donnent un cadre et réduisent parfois le coût d’entrée d’une note. Mais chaque champ à remplir peut aussi devenir une petite facture mentale à payer avant même d’avoir déposé une idée.
Le plus étrange, c’est que je n’ai presque pas de souvenirs de petites victoires liées au système. Je n’ai pas en mémoire des notes qui m’auraient vraiment soulagé, des projets clarifiés grâce au PKM, des émotions déposées qui auraient changé quelque chose. Je me souviens surtout de la charge que chaque nouveau départ rajoute.
Transformer le PKM de système de mesure en espace de soutien
À ce stade, la question devient plus simple: à quoi mon PKM doit-il me servir, pour moi, là, maintenant?
La première décision a été de mettre certaines pièces en option. Je continue d’écrire dans mon journal, parce que ça me fait du bien et que c’est ce qui m’a permis d’arriver à cette conclusion pour le PKM. En revanche, Almanach et Constellations passent en pause pour le moment. Je ne suis pas obligé de tout utiliser en même temps pour que le système fonctionne.
Ensuite, il a fallu toucher à quelque chose qui m’est précieux: mes modèles. J’en ai besoin. Ils clarifient beaucoup de choses, donnent un cadre, réduisent le coût de certaines notes. Mais leur remplissage me coûte mentalement. Je teste donc une règle simple: deux à trois champs essentiels par type de note, le reste en option. Si je n’ai pas l’énergie, je laisse vide. Une note incomplète vaut mieux qu’une note non écrite.
J’ai aussi décidé de renoncer clairement à l’idée de tout ranger. Ce qui est ancien, dispersé dans d’autres outils, passe en archive froide. Je ne le traite que si un besoin concret se présente. Mon PKM redevient un compagnon du quotidien, pas un chantier permanent de consolidation.
Pour ancrer ce changement, j’ai posé une phrase dans ma structure. Une phrase à afficher quelque part dans la maison mentale, à relire quand le système recommence à ressembler à un tribunal:
Mon PKM est un atelier, pas un examen. Il peut être en bazar, et moi aussi.
Cette phrase me rappelle quelque chose que j’écris souvent: je ne veux pas d’un second cerveau de remplacement. Je veux un atelier. Un espace où mes idées peuvent mûrir sans devoir être immédiatement parfaites, cohérentes, définitives.
Le début de l’aventure du PKM
Cet article est le premier épisode d’une série: L’aventure du PKM. Un journal de reconstruction d’une maison mentale qui a failli se transformer en tribunal. J’y documenterai ce qui se passe quand on essaie de reprendre soin de son propre savoir sans se perdre dans des systèmes trop lourds, quand on arrête de courir après des outils parfaits, quand on reprend la main sur ce qui entre dans son attention.
Si tu te reconnais dans ce mélange de trop d’envies, de perfectionnisme et de systèmes qui finissent par peser plus qu’ils n’aident, l’enjeu n’est peut-être pas de reconstruire une méthode complète. Il s’agit plutôt de regarder ce que ton système te fait vraiment vivre au quotidien. Est-ce qu’il t’aide à retrouver tes idées, à avancer, à respirer un peu mieux? Ou est-ce qu’il te rappelle surtout tout ce que tu n’as pas encore fait?
Pour moi, la reconstruction commence là: dans cette différence entre un espace qui soutient et un tableau de bord qui juge.


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