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Le petit carnet qui m’a aidé à trouver une idée

Kevin Barbier
Kevin Barbier
Publié 8 juin 2026
Lecture6 min
Le petit carnet qui m’a aidé à trouver une idée

🇬🇧 Article in english

Je ne pensais pas écrire un article sur un petit carnet.

Encore moins sur un bloc de bureau A6 retrouvé en rangeant quelques affaires. Un de ces carnets simples, presque quelconques, qu’on garde quelque part en se disant qu’il servira peut-être un jour. Pour noter une idée rapide. Faire une liste. Poser deux ou trois mots entre deux tâches. Rien de très précieux, rien de très spectaculaire et pourtant, c’est certainement pour ça qu’il m’a aidé.

Un petit format, presque par hasard

Je travaillais sur un projet de logo pour une cliente. Un vrai projet, avec ses contraintes, ses intentions, ses directions possibles. Dans ce genre de moment, j’ai souvent tendance à partir vers mes outils habituels : Procreate sur iPad, une feuille A4, parfois directement l’ordinateur quand l’idée commence à se préciser.

Mais cette fois, en tombant sur plusieurs petits carnets pendant un rangement, j’ai eu envie d’en prendre un volontairement. Pas parce que je n’avais rien d’autre sous la main, mais parce que le format m’intriguait. Ou peut-être parce qu’il me semblait suffisamment modeste pour ne pas me demander grand-chose.

J’ai pris un stylo, j’ai lancé de la musique, et j’ai commencé à croquer.

Sans grande ambition au départ. Quelques traits, des formes. Cela a donné des essais un peu maladroits et quelques pistes qui ne mèneraient sûrement nulle part.

Et assez vite, j’ai senti que quelque chose changeait.

Quand la petite page enlève la pression

Le petit format enlevait une forme de pression. Sur une feuille A4, il y a beaucoup de place. Et parfois, trop de place donne envie de tout remplir. On se demande par où commencer. On veut structurer, composer et utiliser l’espace correctement. Même pour des croquis, il y a cette petite tension de devoir produire quelque chose qui ressemble déjà à une direction.

Avec un carnet A6, cette tension disparaît presque.

La page est petite. Elle ne demande pas d’être impressionnante et accepte les gribouillis. Elle invite à commencer quelque part, même mal. Et si ce n’est pas bon, ce n’est pas grave. C’est un bloc de bureau. Une page peut se jeter. Une autre peut se tourner.

Il y a quelque chose de très libérateur là-dedans.

C’est peut-être ridicule, mais j’ai aussi ressenti une forme de satisfaction à remplir une petite page, puis à passer à la suivante. Au fond, il n’y avait certainement pas plus de dessin que sur une grande feuille. Mais le sentiment était différent. Chaque page donnait une petite impression de complétion. Comme si chaque tentative avait son propre espace. Son début. Sa fin. Son droit d’exister, puis de laisser la place.

Retrouver le plaisir de gribouiller

Je crois que ce format m’a autorisé à penser plus spontanément.

Les idées pouvaient arriver de manière imparfaite. Elles n’avaient pas besoin d’être propres tout de suite. Je pouvais laisser une forme apparaître, la rater, recommencer, faire un détour, griffonner à côté. Exactement comme dans les carnets d’école, quand on dessinait dans les marges sans se demander si ça allait servir à quelque chose.

Et c’est peut-être là que j’ai retrouvé quelque chose.

Une forme de plaisir très simple. Presque naïf. Le plaisir de laisser la main chercher avant que la tête ne juge. Le plaisir de ne pas transformer chaque geste en décision sérieuse. Le plaisir de ne pas demander immédiatement à une idée d’être utile, belle, professionnelle ou définitive.

Juste la laisser venir.

Quand l’idée finit par apparaître

La musique a probablement joué aussi. Elle m’a aidé à entrer dans cette petite bulle, à me couper du reste, à rester avec le geste. Et à force de tourner les pages, de tester, de raturer, de recommencer, l’idée du logo est arrivée.

Pas comme une révélation spectaculaire. Plutôt comme quelque chose qui se dégage peu à peu du bruit. Une forme qui finit par tenir. Une direction qui semble juste. Un moment où l’on se dit : oui, c’est peut-être ça.

C’est à la fin de cette session que je me suis dit que j’aimais vraiment travailler comme ça.

Pas forcément tout le temps. Mais pour cette étape-là, celle où l’idée est encore fragile, encore floue, encore ouverte, ce petit carnet avait quelque chose de juste.

Changer d’outil, changer de posture

Je pensais que ce genre de format ne me servirait jamais réellement. À part pour prendre des notes rapides, ou probablement pour mon journal interstitiel. Je ne l’imaginais pas comme un outil de création. Encore moins comme un objet capable de m’aider dans un vrai projet client.

Mais parfois, un outil que l’on pensait secondaire devient exactement ce dont on avait besoin.

Pas parce qu’il est meilleur en soi. Pas parce qu’il faudrait maintenant remplacer l’iPad, Procreate ou les feuilles A4 par des petits carnets. Ce serait encore une manière de transformer une expérience simple en méthode rigide.

Mais parce qu’il déplace légèrement le cadre et parfois, c’est ce léger déplacement qui suffit.

Changer d’outil, c’est aussi changer de posture. Une grande feuille peut appeler une grande idée. Un logiciel peut appeler une forme plus propre, plus maîtrisée. Une tablette peut donner envie d’aller trop vite vers quelque chose de présentable. Un petit carnet, lui, peut simplement dire : commence ici. Fais un trait. Ce n’est pas grave. Tourne la page si besoin.

Il ne promet rien. Et c’est peut-être pour ça qu’il aide.

Garder un outil simple à portée de main

Depuis, je me dis que je vais probablement garder ce format plus souvent avec moi. Un petit bloc A6, un stylo plume, mon stylo trois couleurs, un critérium. Rien de très compliqué. Juste de quoi attraper une idée avant qu’elle ne devienne trop sérieuse. De quoi penser avec la main, sans ouvrir une application, sans préparer un document, sans créer un espace parfait pour commencer.

Parce que parfois, le bon outil n’est pas celui qui offre le plus de possibilités, mais c’est celui qui enlève juste assez de pression pour que l’on ose commencer.

Et je crois que c’est ce que ce petit carnet m’a rappelé. Il faut occasionnellement sortir de ses habitudes, même légèrement. Prendre un objet que l’on pensait banal. Un format que l’on croyait inutile. Un outil que l’on avait rangé dans une catégorie trop étroite puis essayer simplement, juste pour voir.

On découvre de temps en temps que ce n’est pas l’outil qui était limité, mais l’idée que l’on s’en faisait.

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Les Missives de Kevin

Missives d’un introverti perdu dans ses pensées. J’écris pour les démêler, les comprendre et documenter ce que je construis, en cherchant ma place dans un monde qui change.

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